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L'actualité en Rhumatologie

 


Revue de presse hebdomadaire N°86 du 12 mars 2002
®Medespace 2002


La revue de presse de rhumatologie est réalisée par France-Rhumato sous la direction des Professeurs René-Marc Flipo et Eric Hachulla en toute indépendance et sous la seule responsabilité des Editions ESTEM.

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Cette revue de presse destinée aux médecins professionnels est soumise à la législation du copyright international et ne peut être diffusée sans l'accord de ESTEM-Medespace.
Nous vous rappelons, en ce qui concerne les revues de presse de Medespace dont l'objectif est de fournir des informations sur l'état actuel de la recherche, que les données présentées sont susceptibles de ne pas être validées (notamment en France par l'AMM) et ne doivent donc pas être mises en pratique systématiquement.

Lupus érythémateux systémique : la diminution du titre des anti-DNA natifs peut annoncer une poussée rénale.
Pétri a défini la poussée lupique comme une augmentation d'au moins 3 points du SLEDAI. Ceci étant de bonne concordance avec les travaux de Gladman montrant qu'en cas de poussée lupique l'augmentation moyenne du SLEDAI est de 4 points (Gladman DD, Urowitz MB, Kagal A, Hallett D. Accurately describing changes in disease activity in Systemic Lupus Erythematosus. J Rheumatol. 2000 Feb;27(2):377-9.). Plusieurs travaux ont montré que les tests biologiques et notamment le titre des anticorps anti-DNA natifs étaient utiles pour diagnostiquer et prédire une poussée lupique. Mais ces résultats restent controversés. Certains auteurs préconisent même en cas d'augmentation progressive du titre des anti-DNA natifs de traiter de manière préventive avec des corticoïdes (Bootsma H, Spronk P, Derksen R et al. Prevention of relapses in systemic lupus erythematosus. Lancet. 1995 Jun 24;345(8965):1595-9.). Ho et coll. ont mesuré le titre des anticorps anti-DNA natifs de manière mensuelle chez 53 patients lupiques suivis pendant 1 an. La poussée lupique a été définie sur la base de 5 indices cliniques d'activité (PGA > 1, SLEDAI modifié > 3, LAI modifié > 0,01, SLMA > 3, BILAG modifié > 4) sur une période d'au moins 1 mois. Au cours du suivi, il a été observé une poussée à l'occasion de 12% des visites sur la base du PGA (physician's global assessment). Une diminution parallèle du titre des anti-DNA natifs dosé par ELISA était associée à des poussées plus sévères de la maladie. Le nombre de poussées était aussi plus élevé après la survenue d'une élévation du titre des anti-DNA dosés par ELISA. L'analyse organe par organe a montré qu'une diminution du titre des anti-DNA natifs en ELISA était associée aux poussées rénales. Sur la base de ce travail, les auteurs concluent que l'élévation du titre des anti-DNA natifs précède les poussées lupiques sur la base du SLEDAI modifié et du LAI modifié seulement. En cas de poussée rénale, le titre d'anti-DNA natifs diminue fréquemment sans doute par dépôts des anticorps dans les tissus au moment de la poussée.
> Ho A, Magder LS, Barr SG, Petri M. Decreases in anti-double-stranded DNA levels are associated with concurrent flares in patients with systemic lupus erythematosus. Arthritis Rheum. 2001 Oct;44(10):2342-9.


Anti-TNF et démyélinisation.
Les anti-TNF ont des voies d'action différentes selon les maladies auto-immunes. L'absence d'efficacité des anti-TNF dans la sclérose en plaques est sans doute liée à l'incapacité des anti-TNF à passer la barrière méningée pour neutraliser l'effet néfaste local du TNF. D'autre part, l'administration systémique des anti-TNF peut stimuler certains phénomènes d'auto-immunité en agissant sur la cellule présentatrice d'antigène, augmentant les récepteurs sur des lymphocytes T et diminuant les phénomènes d'apoptose de certaines cellules T autoréactives. Les anti-TNF pourraient augmenter le nombre et le niveau d'activation des cellules T autoréactives vis-à-vis de la myéline accentuant ainsi les phénomènes de démyélinisation auto-immune. Il apparaît donc prudent d'éviter l'utilisation des anti-TNF chez les patients ayant des antécédents de démyélinisation.
> Robinson WH, Genovese MC, Moreland LW. Demyelinating and neurologic events reported in association with tumor necrosis factor alpha antagonism: by what mechanisms could tumor necrosis factor alpha antagonists improve rheumatoid arthritis but exacerbate multiple sclerosis? Arthritis Rheum. 2001 Sep;44(9):1977-83. Review. No abstract available.


Atteinte rénale lupique : la conséquence d'une réponse Th1.
La balance Th1-Th2 est un élément déterminant pour un bon nombre de maladies auto-immunes chez l'homme. Une réponse Th1 est prédominante dans certaines maladies spécifiques d'organes comme la sclérose en plaques, le diabète de type I, le rejet de greffe. Comme de nombreuses cytokines produites par les cellules Th2 (IL4, IL5, IL10, IL13) favorisent la production par les lymphocytes B d'auto-anticorps, on pense actuellement que les cellules Th2 jouent un rôle pivot dans le développement des maladies auto-immunes à auto-anticorps comme le lupus systémique. Cependant dans certains modèles animaux, les cytokines produites par les cellules Th1 (interféron gamma) jouent un rôle prédominant dans la progression de la maladie. Masutani et coll. ont corrélé le ratio Th1/Th2 mesuré dans le sang circulant par cytométrie de flux aux données immunohistochimiques réalisées sur biopsies rénales de patients ayant une néphropathie lupique de classe IV, V ou I. de la classification de l'OMS. Il ressort de ce travail qu'il existe une réponse Th1 prédominante en cas de néphropathie glomérulaire proliférative, les résultats sur le sang circulant étant bien corrélés aux données histologiques rénales. Chez les patients lupiques ayant une atteinte rénale, la mesure sur le sang circulant du ratio Th1/Th2 constitue un bon reflet de l'atteinte rénale histologique et la réponse locale Th1.
> Masutani K, Akahoshi M, Tsuruya K et al. Predominance of Th1 immune response in diffuse proliferative lupus nephritis. Arthritis Rheum. 2001 Sep;44(9):2097-106.


Les patients fibromyalgiques souffrent d'altération des fonctions cognitives.
La fibromyalgie est un trouble neurobiologique conséquence d'un stress physique ou environnemental (virus, accident, traumatisme émotionnel...) à l'origine d'une altération de la fonction de l'axe hypothalamo-pituito-adrénalien. Afin d'évaluer les fonctions cognitives des patients atteints de fibromyalgie, Park et coll. ont réalisé une étude chez 23 patients atteints de fibromyalgie en comparant les résultats avec deux populations contrôles, une première appariée en âge et sexe (n=23) et une seconde 20 ans plus âgée appariée en niveau d'éducation (n=22). Une altération des fonctions cognitives, particulièrement de la mémoire et du vocabulaire, est retrouvée chez les patients fibromyalgiques. Leurs fonctions cognitives apparaissent comparables à celles de la population âgée de plus de 20 ans, les patients fibromyalgiques gardent cependant une rapidité intellectuelle intacte. Ceci suggère un dysfonctionnement de la mémoire différent de celui observé chez le sujet âgé et une réversibilité potentielle. Les troubles de la mémoire observés dans la fibromyalgie sont corrélés à la douleur, en revanche l'état dépressif n'est pas corrélé à l'altération des fonctions cognitives.
> Park DC, Glass JM, Minear M, Crofford LJ. Cognitive function in fibromyalgia patients. Arthritis Rheum. 2001 Sep;44(9):2125-33.


Thrombose vasculaire rétinienne : rechercher les antiphospholipides.
Des associations thrombose vasculaire rétinienne et antiphospholipides ont été rapportées dans la littérature. Carbone et coll. ont recherché de manière systématique la prévalence des antiphospholipides et des facteurs de risque cardiovasculaires chez 68 patients ayant fait une occlusion vasculaire rétinienne et chez 45 autres patients ayant une maladie inflammatoire oculaire. Les résultats ont été comparés à une population témoin de 49 sujets sains. Un taux d'anticardiolipine inférieur à 5 U était considéré comme négatif, un taux entre 5 et 15 comme faiblement positif, un taux entre 15 et 60 comme modérément positif, un taux supérieur à 60 comme positivité élevée. Un lupus anticoagulant a été recherché de manière systématique. Un taux élevé d'antiphospholipides était retrouvé chez 24% des patients ayant fait une occlusion vasculaire rétinienne versus 9% chez ceux ayant une maladie inflammatoire oculaire et 8% dans la population contrôle (p < 0,05). La prévalence des anticorps antiphospholipides n'apparaît pas supérieure dans le sous-groupe occlusion vasculaire rétinienne avec facteurs de risque vasculaires versus sous-groupe sans facteur de risque vasculaire associé (24% versus 23%). Dans le sous-groupe occlusion vasculaire rétinienne et antiphospholipides, on retrouvait essentiellement des anticorps anticardiolipine d'isotype IgG (62% des cas), plus rarement IgM (6% des cas), IgM + IgG dans 13% des cas, une antiprothrombinase isolée dans 13% des cas et une association anticardiolipine + antiprothrombinase dans 6% des cas. Le titre des anticorps anticardiolipine était modéré à fort chez 69% des patients positifs. Les auteurs concluent que la recherche d'antiphospholipides doit être systématique chez tous patients ayant eu un épisode d'occlusion vasculaire rétinienne.
> Carbone J, Sanchez-Ramon S, Cobo-Soriano R et al. Antiphospholipid antibodies: a risk factor for occlusive retinal vascular disorders. Comparison with ocular inflammatory diseases. J Rheumatol. 2001 Nov;28(11):2437-41.